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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 13:41
Intermittents, au risque de déplaire

Le gouvernement ne reviendra pas sur l’accord UNEDIC. J’avoue être dans une position assez partagée, quitte à me prendre une volée de bois verts de mes camarades. Si au moins ça fait discuter, les uns et les autres avanceront…

La neutralisation du délai de carence et la mise en route d’une concertation pour la remise à plat du régime me paraissent une avancée positive et qui a concrètement commencé. Si un calendrier est posé (si et seulement si), je serais du genre à accorder du sens à la parole donnée. Je sens bien que certains d’entre nous sont partisans d’un conflit dur avec annulation des festivals pensant que la parole du gouvernement n’a d’autre objectif que de sauver les festivals et de faire taire la rébellion.

Je comprends parfaitement les méfiants quand on se souvient du discours du Bourget de Hollande : notre ennemi, c’est la finance. Le changement, c’est maintenant... Vu sous cet angle, en effet, on peut s’interroger sur la réalité des intentions gouvernementales. Mais on peut aussi envisager tout cela sous un autre angle. La mobilisation des intermittents a été très forte et a réellement apeuré le gouvernement. Nous avons été entendus. Place à la négociation.

Le choix repose désormais sur des rapports de force. Je ne suis pas certain qu’il aille dans le sens d’un durcissement. Pour preuve les intermittents d’Aix qui ont voté à 80% contre la grève. Les intermittents ont mobilisé, ont été entendus : fond d’État pour annuler l’effet des mesures les plus injustes et construction d’un nouveau statut prenant en compte les propositions de ceux qui planchent dessus depuis 10 ans. Ce n’est pas comme s’il y avait eu une simple ratification d’un accord sans contrepartie.

Ma position serait 50 pour voir, rester vigilant et radicalisation si les promesses ne sont pas tenues. La seule chose à exiger aujourd’hui c’est le début de la concertation associant CGT et Coordination des intermittents et précaires, arrêt d’un calendrier et d’une échéance non modifiable. Si ces conditions sont assurées, je vois mal pourquoi les intermittents renonceraient à leur boulot d’été (ils en ont déjà peu…).

Un conflit, c’est aussi une affaire de tempo. 

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Published by Bernard Blancan
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commentaires

Rantanplan 27/06/2014 11:07

Merci Beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup !!!! D'un chanteur qui n'ose pas toujours dans le contexte actuel dire tout cela... V.G.

Roxane 26/06/2014 21:36

Je ne sais pas comment nous devons lutter, quels nouveaux moyens il faudrait inventer, il doit y en avoir.
Ce qui est certain c'est que nous ne pouvons rentrer, nous-même, dans le jeu des médias. Ce conflit n'est pas celui des intermittents. À la différence de 2003, ces réformes touchent tous les chômeurs, intérimaires et précarisent davantage tous ceux qui le sont déjà fortement. C'est la course aux petits boulots de plus en plus mal payés. Ce que nous défendons nous le défendons pour tous, ce n'est pas un slogan en l'air, c'est une réalité. Si nous acceptons cette "main tendue" du gouvernement nous abbandonerions tous les autres qui luttent à nos côtés, tous ceux qui ont du mal à comprendre, ceux que nous informons chaque jour. Et ce serait aussi montrer que nous sommes des privilégiés, ils ne paieront pas les différés des autres chômeurs , ils ne font aucun geste sur les mesures qui mettent en danger les autres ! Le plus important c'est que nous ne pouvons accepter que par cette mesure la solidarité interprofessionnelle soit cassée. Cette mesure de solidarité, est un fonctionnement de nos droits sociaux depuis près d'un siècle !
Et pour finir, les négociations ça fait 11 ans qu'elles ont lieu, 11 ans que les propositions du comité de suivi ne sont même pas regardées !
Ça n'existe pas d'agréer une réforme et de reprendre des négociations, c'est l'inverse normalement. Et là, même l'inverse, nous ne l'avons pas eu.
Ce combat n'est pas que celui des intermittents !

Bernard Blancan 27/06/2014 13:45

Encore une fois, tu as raison, Roxane. Mais en fouinant un peu, en raisonnant concret, chiffres, il y a plein aberrations tant dans le régime général que dans le régime des intermittents. Mais ça sera l'objet d'un prochain article. Bien sûr que je suis solidaire avec l'ensemble des chômeurs. Mais il manque les éléments pédagogiques simples qui permettrait d'identifier clairement les endroits où cet accord est une régression. Je ne doute pas une seconde que c'en soit une. J'aimerais juste entendre où, concrètement. Tous les discours avec "les sans voix", "précaires", "droits sociaux", "honneur", "solidarité"… ça ne raconte rien de la réalité en dehors des valeurs et des principes partagés par tous. Une lutte doit aussi s'appuyer sur du concret, des données chiffrées. Sans ces éléments, on est dans un romantisme vain dans lequel on s'écoute vibrer. Je connais bien ça, puisque je fais souvent pareil ;-)

Roxane 27/06/2014 11:21

Si tu n'entends pas les autres chômeurs c'est parce qu'on les laisse volontairement dans l'ignorance. Mais je peux d'assurer que les manifestations interprofessionnelles sont réelles, nos actions ne se font plus entre intermittents depuis des mois. Nous sommes entourés de chômeurs, syndicats d'intérimaires. Si on ne les voit pas, c'est la faute des médias qui ne les interroge pas, mais nous le rabâchons. Montrer le conflit tel qu'il est, fait peur, car il est large et ce n'est dans l'intérêt de personne de prendre en compte cet élargissement. Par contre c'est notre rôle d'artiste de donner nos voix à ceux qui n'en ont pas.
Le seuls médis qui commencent à en parler c'est Téléfax qui a fait un très beau papier pour le rappeler. Et voici une lettre très bien écrite et très claire sur ce qu'il se passe. A bientôt.
" Mesdames et messieurs,
Je me permets de vous interpeller par cette lettre et de vous faire remonter une parole ou plutôt un cri du terrain.
Je sais que la tentation doit être grande pour certains d’entre vous de se dire que la messe est dite. Que les enjeux des festivals d’été nécessitent un apaisement de notre lutte.
Que la tentation est grande de vous satisfaire de la promesse du maintien des subventions de vos théâtres.
Que la tentation est grande de se dire que les propositions du premier ministre représentent une avancée dans le dossier de l’intermittence et que la promesse d’une table ronde à laquelle vous seriez –enfin- conviée peut être interprétée comme un progrès.
Je crains, pour être bref, que certains d’entre vous plaident pour l’arrêt de la mobilisation.
Cette position, si elle devait être celle de votre syndicat serait une réelle catastrophe.
Oui les temps sont durs, mais il y a quelque chose d’incroyable qui se joue en ce moment. Quelque chose qui n’était pas même présent en 2003. Quelque chose que nous essayons de marteler dans nos prises de paroles publiques, dans les médias. Un message fort mais pourtant si difficile à faire entendre : Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous.
Dans nos AG nous ont rejoints des précaires, des cheminots, des associations de chômeurs. Nous ne parlons pas de défense de la Culture, ou des annexes 8 et 10. Nous parlons de droits sociaux, de solidarité. Nous nous battons de toutes nos forces contre cette convention unedic qui s’attaque aux précaires. A tous les précaires. Pas que les intermittents.
La communication gouvernementale et médiatique s’efforce de nous cantonner dans une défense corporatiste.
Ce n’est pas le cas.
C’est l’honneur du monde de la culture de porter la voix des sans-voix. De ceux pour qui il est trop difficile de monter sur une tribune pour se défendre. Peut-être sommes-nous enfin en train de redéfinir nos missions, le sens de ce que nous sommes et ce à quoi nous servons…
Je suis convaincu que cet honneur, nous l’avions perdu en chemin et que nous sommes en train de le redécouvrir. Un rappel utile de notre utilité sociale. Celle d’être des porte-voix. Plus uniquement dans les salles de spectacle, mais dans la société.
Je sais que vous connaissez tous les arguments que nous avons contre cette convention et que vous les défendez.
Bien sûr, nous devons défendre l’intermittence et notre paysage culturel. Mais si nous ne défendons que ce petit bout égoïste de la problématique globale, si nous arrêtons maintenant la lutte ensemble, nous deviendrons traîtres à nos consciences. Traîtres à nos concitoyens. Nous avons assez combattu contre l’assertion que nous sommes des privilégiés pour ne pas donner le bâton pour nous faire battre.
Je suis fier de voir que ces dernières semaines, le monde de la culture entier s’est uni pour se défendre. En ce qui nous concerne, sur le terrain, la lutte est loin d’être finie. Cet accord est inacceptable. Et nous refusons d’être traités comme des indiens dans une réserve. Le scandale de la communication gouvernementale est de nous traiter comme tels, nous désignant aux autres travailleurs comme une espèce à part, loin des réalités des autres.
Nous défendons la solidarité interprofessionnelle. Nous refusons d’être traités à part des autres annexes…
Soyons fiers d’être solidaires.

Renaud FRUGIER (membre de la CIP Limousin)"

Bernard Blancan 27/06/2014 00:41

Je suis d'accord avec toi Roxane, sur le fond. Tu n'as qu'à lire ce blog pour t'apercevoir que j'y adopte le plus souvent des positions très radicales quand il s'agit de politique. Mais en ce moment, ce ne sont pas les chômeurs que l'on entend, mais les intermittents. Il y a 6.000.000 de chômeurs en France. Ils devraient se faire entendre. Il y a l'engagement politique (aujourd'hui, les gens votent FN... c'est dire la conscience politique). Le vote justement. Les manifestations.
Et à titre personnel, à 55 balais, connaissant le régime des intermittents de longue date, je l'ai vu glisser vers le grand n'importe quoi, de plus en plus injuste, favorisant ceux qui n'en ont pas besoin. Je rêve d'une refonte totale de ce grand n'importe quoi et je vois dans ce qu'il s'est dit et ce qu'il se passe, la possibilité, enfin, de mettre un coup de pied dans la fourmilière pour un régime plus ouvert, plus juste quitte à en exclure certains, moi le premier.

de la villehervé 26/06/2014 19:25

Tout à fait d' accord, je pense aussi qu' il faut jouer la carte confiance et rester vigilant. Mais surtout pas annulé les festivals !

Marc Soriano 26/06/2014 18:50

Oui c'est moins douloureux de dire ok on a perdu et d'espérer un nouveau match, d'accepter de se remettre au boulot avec la prothèse concédée par Valls aux amputés du régime....Illusion à mon avis et surtout, c'est un pas de plus vers ce qui est souhaité : nous isoler du reste des salariés, faire financer l'emploi culturel par l'état...C'est grave ! Et les droits sociaux régressent une fois de plus, le Medef n'acceptera jamais d'effacer ce coup de sabre..

Marc Soriano 27/06/2014 09:58

Mais l'accord conclu et agréé c'est précisément la continuation de l'existant, en pire ! La "remise à plat" est réclamée depuis 10 ANS(coordination, comité de suivi parlementaire, etc.) Ceux qui s'accrochent à l'existant sont ceux qui signent, ceux qui approuvent en disant que c'est un compromis nécessaire, etc....

Bernard Blancan 27/06/2014 00:32

Je dis pas on a perdu. Mais on a gagné de remettre à plat ce régime qui est devenu complètement débile qui favorise ceux qui bossent et gagnent bien leur vie et met à l'écart les plus précaires. Je n'ai aucune envie de m'accrocher à l'existant.

Sam Karmann 26/06/2014 15:53

D'accord avec toi sur ce coup-là, Bernard. D'autant que les conditions dont tu parles: "le début de la concertation associant CGT et Coordination des intermittents et précaires, arrêt d’un calendrier et d’une échéance non modifiable" est acté et la commisssion déjà au travail.

Bernard Blancan 26/06/2014 16:02

Ça fait plaisir, Sam. J'aurais pu aussi avoir des positions plus mesurées sur d'autres dossiers s'ils n'avaient pas été menés de vilaine façon... ;-)